Tuesday, June 15, 2010

Le mensonge

Mes amis, il est temps que je me confesse: je vous ai sciemment menti, ni plus ni moins. Comment ? Et bien, lorsque je vous disais que j'etais pris a Lahore, ce n'etait pas tout a fait vrai... j'en ai plutot profite pour faire une petite escale a Peshawar.

Peshawar ! Ville de tous les dangers, au pied de la Khyber Pass, la ou le traffic d'arme et de drogue est banal, et la ou les bombes explosent plus souvent qu'a leur tour... Mais quelle ville, mes amis ! Des villes frontieres comme ca, on n'en fait plus. Je vous resume rapidement mes trois jours, mais je pourrai en parler pendant des annees.

Des mon arrivee a l'hotel, je rencontre un guide, Prince (!), qui a servi de guide a l'auteur du Lonely Planet (photos a l'appui). J'avais absolument besoin d'un guide, car quelques unes des attractions de Peshawar sont, comment dire... pas tout a fait legales. N'oubliez pas que Peshawar est juste a cote de zones tribales qui ne sont pas sous l'administration du gouvernement pakistanais, mais de chefs tribaux qui prennent plaisir a s'entretuer depuis des millenaires. Prince m'a donc amener au Smuggler's Bazaar, la ou on trouve de tout, et pas cher: ecrans plasmas, micro-ondes, equipement militaire (j'ai presque achete des lunettes de vision nocturne...), bibles ayant appartenu a des soldats americains (morts ? je n'en sais rien), et surtout, de la drogue et des armes. J'ai meme pu tirer un coup de pistolet !

Ensuite, Prince me dit qu'il va m'amener voir quelqu'un, un chef tribal: je ne le crois pas trop au debut, mais finalement c'est vrai, je me ramasse a cote du chef tribal de la Khyber Agency (la region autour de la passe), qui est super content de me voir et qui me montre tout son arsenal ! (Note aux geeks du Nintendo 64: j'ai tenu dans mes mains la moitie des armes de Goldeneye, photos a l'appui). Et ensuite, ben, il me montre ses reserves de drogues, voyons ! Premieres constatations: l'opium, ca ne sent pas tres bon, et un kilo de hasch, ca sent fort ! Et ensuite, il m'explique les differents types d'heroine qu'il vend, le brown sugar, assez cheap, les cristaux, etc. Et le tout avec un ecran geant qui diffuse en direct des images de la Khyber Pass, dans une piece pleine de bibelots kitschs et de posters Harley-Davidson. Des journees comme ca, je n'en ai pas eu souvent dans ma vie.

Le lendemain, visite de la vieille ville, qui est sublime (un peu defraichie, soites, mais quand meme sublime). Et les habitants, tellement sympas ! L'hospitalite pashtoune, ce n'est pas un mythe, je ne faisais pas trois pas sans me faire inventer, avec toute la gentillesse du monde, a me reposer un peu ou a prendre un the. Peshawar ressemble vraiment a l'Afghanistan, d'ailleurs: memes visages, meme cuisine (divines grillades et mon favori, le qabli pulao), des fruits succulents a tous les coins de rues, et du the vert en quantite astronomique.

Finalement, hier, Prince m'a invite a aller visiter une ecole de refugies afghans. La encore, j'etais accueilli comme un roi, et j'ai meme donne un petit cours de philo en anglais. Je suis peut-etre un peu trop sentimental, mais ca m'a vraiment emu de les voir tous, enfants ou adultes, certains handicapes par des mines anti-personnelles, d'autre avec le regard si intense de ceux qui ont traverse trop d'epreuves en trop peu de temps... et qui viennent a l'ecole, qui veulent apprendre l'anglais, avoir un travail, faire vivre leur famille. Je ne me laisse pas emouvoir facilement, mais la, rien a faire, j'en avais presque (et je dis bien presque, quand meme !) les larmes aux yeux.

Peshawar est une ville tres agreables, certes, mais la violence et la drogue lui apportent son lot de problemes. D'abord, la drogue, une veritable epidemie: on ne cesse de croiser des gens completement detruits par l'opium ou le brown sugar, dans les rues, sous les ponts, bref partout. C'est d'une tristesse, vraiment, mais avec la proximite de l'Afghanistan qui rend les prix derisoires (5$ le gramme de brown sugar), difficile de l'empecher. Et puis la violence est omnipresente: on voit partout des traces d'explosion, des batiments abandonnes et noircis par le feu, etc. N'empeche, c'est une ville geniale, et je me suis dit que j'y retournerais bien pour interviewer mon grand ami le chef tribal.

Ce fut aussi un contact assez interessant avec la culture pashtoune, tres vivante dans la ville. Et a les entendre parler, on comprend pourquoi les choses trainent en Afghanistan. C'est un peuple si fier, si brave, mais aussi tellement ferme d'esprit ! Ils sont bien sur ouverts envers les etrangers, mais ils vivent selon un code moral stricte qui n'est jamais remis en question. Et pour eux, peu importe si les Taliban sont des barbares, les Americains ne sont pas des pashtous, les Talibans, si, et les Americains ont pris possession de leur terre. Point a la ligne. Pas moyen d'avoir de nuance, de penser a l'avenir. C'est notre terre, c'est a nous, tant pis si ce sont les Talibans qui menent. A mon avis, la guerre va etre longue...

Bon, j'ai essayer de vous resumer mes trois jours de la facon la plus concise possible, mais j'aurais encore beaucoup a dire: attendez-vous a des soirees memorables apres mon retour. Je suis maintenant a Islamabad, presque en securite, et je m'en vais deguster ma premiere biere en plus d'une semaine, alors je ne me laisse pas retenir plus longtemps !

A bientot,

Francois

P.S: Pour ceux qui auraient des doutes, et qui pensent que, si j'ai menti une fois, je pourrais bien mentir deux fois et etre en ce moment a Kaboul ou Kandahar, je vous rappelle que le Khyber Pass est bien fermee. Une chance pour vous, parce que sinon...

4 comments:

  1. Je n;ai qu;une seule chose a dire: T:es fou et tu vas te faire tuer un jour, alors profites de la vie mon grand parce que a ce rythme, je ne te donne pas plus que...pff, disons 5 ans, et je suis genereuse! Les anacondas et les tarentules, ca ne te dit pas a la place?! Remarque, avec toi, ca serait ton genre d;aller tracker les reducteurs de tetes...qui sait, peut-etre essaieraient-ils avec toi...!

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  2. Reduire ma tete serait tout un defi, ma chere !

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  3. HA ! Moi je le savais depuis le depart. I got all the top secret info. Thats right, baby!

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  4. Mouais, mais connaissant nos parents, tres cher, tu peux oublier tout pret d;argent future, et peut-etre meme ton heritage!

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