Wednesday, July 14, 2010

Back from Macao

Ils ont tue Macao. C'est la premiere chose que je me suis dite en arrivant la-bas. Maudits chinois, ils auraient pas pu laisser ca aux Portugais, qui excellaient dans l'art de laisser les choses comme elles sont ? Macao est maintenant presque uniquement casinos et boutiques de luxe, tout le monde est riche, et, pire que tout, il faisait encore plus chaud qu'a Hong Kong.

Mais bon, finalement, ce n'etait pas si mal. Il faut simplement creuser un peu, et on peut retrouver un peu du "vrai" Macao: encore une fois, il suffit souvent d'aller dans les zones un peu moins touristiques de la peninsule, d'aller voir les locaux, et on peut manger de la bouffe portugaise pas chere avec des pecheurs chinois.

Il faisait chaud a Macao, inimaginable. Et moi, comme un con, j'ai decide de faire un "walking tour": je peux maintenant vous affirmer qu'il est presque impossible que je meurs d'un coup de chaleur, sinon ca serait deja fait. La ville est bien jolie, il y a de belles ruines, de belles ruelles, et la mer partout; mais c'etait vraiment trop chaud, j'ai du battre en retraite vers ma chambre d'hotel apres quelques heures de marche.

Le lendemain, je me suis vraiment payer une journee de pacha. Je me suis leve avec une seule chose en tete: la plage. Un seul petit probleme toutefois, je n'avais pas de maillot de bain. Alors j'ai fait comme tout le monde a Macao: shopping, baby, shopping. J'ai resiste a la tentation de m'acheter un maillot Dior, j'ai plutot opte pour le marche local et la contrefacon chinoise. Resultat: un maillot et un polo pour 8$. Et avec mon nouveau polo, j'avais presque l'air riche, c'est-a-dire, pour Macao, normal.

Apres une journee de farniente totale sur une petite plage presque deserte, retour en ville. Et bon, j'etais a Macao, il fallait bien que je profite un peu du nightlife. J'ai mis mon polo neuf et mes pantalons les moins sales, je suis alle manger de la pieuvre dans un resto chinois, et je me suis dirige d'un pas assure vers le plus grand casino de Macao: le Grand Lisboa.

Oh, toute une soiree, mes amis. C'etait pratiquement la derniere soiree de mon voyage (je prends l'avion demain matin, donc pas de fiesta ce soir), alors je me suis paye la totale. J'avais deja deux ou trois bieres dans le corps quand je suis arrive au casino, mais quand j'ai vu le bar, je n'ai pas pu resister: un manhattan, et avec du bourbon, pas avec du rye, quand meme. Comme je suis beaucoup trop pauvre pour le blackjack et la roulette (et un peu intimide, c'est vrai), j'ai opte pour les fameuses machines a poker, et ma celebre technique de "si tu gagnes un peu, prends l'argent et va ailleurs" fut encore une fois fructueuse: j'ai fini ma soiree avec 70$ de profit, pas mal non? Enfin, ce n'est pas tout a fait vrai, car quoi de mieux pour feter ca qu'un autre manhattan ? Et puis un deuxieme ?

J'etais donc en train de flamber tous mes gains, confortablement installe au bar avec des danseuses exotiques qui se tremoussaient sous mes yeux, quand une blonde sculpturale s'assied a cote de moi et me sourit. Ca, c'est le nouveau polo qui fait son effet: je devais avoir l'air d'un riche playboy americain, et la jolie demoiselle (russe, de toute evidence) s'est dit que je pourrais bien partager un peu de ma fortune. Et moi, je me suis dit que je pourrais bien jouer la comedie un peu, ca ne fait de mal a personne, non ? Je suis donc rapidement devenu un riche heritier qui etudie a Yale, et passe son temps dans les destinations les plus convoitees de ce monde. Oh, la jolie blonde me trouvait encore plus interessant maintenant. Apres quelques insinuations et regards insistants, je me suis finalement desiste, me rappelant les miettes de morale qui persistent dans mon esprit, et, plus prosaiquement, le grand vide dans mon portefeuille.

Puis, au quatrieme manhattan, un jeune indien vient s'asseoir a cote de moi. Nettement moins interessant que la deesse siberienne, pensais-je. Mais il engage la conversation, et finit par me dire qu'il a flambe 10 000$, que c'etait l'argent de son patron (quel patron imbecile prete 10 000$ a un employe qui s'en va a Macao ?), qu'il est vraiment dans la merde, et patati et patata... mais la encore, je n'ai pas pu resister: pourquoi ne pas jouer un peu ? Apres avoir ete evasif sur mes gains de la soiree, puis lui avoir poser quelques questions, je demande au jeune truand de deviner mon metier. Il me les sort tous: avocat ? haute finance ? import-export ? Et c'est la que j'assene le coup final de ma comedie: je suis policier, que je lui reponds. Tout a coup, il est devenu bleme.

Je crois qu'il a vraiment pense etre dans la merde, car apres avoir discretement insiste sur le fait qu'il ne me mentait pas, il a disparu. Le connard, il m'attendait aux toilettes ! Je ne pense pas qu'il voulait me tuer, mais il me regarde, et me dit "you don't say a word to the police, I have many friends, you would be in trouble !". Rien de trop epeurant, il tremblait pas mal plus que moi, et apres tout on est dans un casino bonde, un seul cri et la securite arrive en courant. Mais bon, on ne prendra pas trop de chance, je le rassure le sourire aux levres en lui disant que je n'ai absolument rien a foutre de lui, et je prends un taxi pour retourner a l'hotel, juste au cas ou.

Finalement, Macao n'est peut-etre pas tout a fait mort. Il faut simplement le laisser venir a soi, et soudain on retrouve les histoires louches, les arnaques, la decadence et le vice. Et c'est precisement ce que j'etais venu chercher.

Francois

Sunday, July 11, 2010

Hong Kong

Apres la Chine, qui n'aime pas trop les blogues, Hong Kong. Incroyable. Des grattes-ciels, du luxe, des ruelles sombres, des neons, Hong Kong est telle que je me l'imaginais, mais c'est quand meme un choc. Il faut dire qu'il y a quelques jours a peine, j'etais dans les montagnes du Nord du Pakistan, la ou l'electricite et l'eau courante sont plus rares que ne le sont les Rolls Royce ici. Je dormais tout habille dans mon sac de couchage pour eviter l'hypothermie, ici il fait si chaud que j'ai l'impression d'etre un robinet qui fuit. Exit le curry de chevre a 75 cents, je fais chauffer ma Visa avec des dim suns a 25$, avec vue sur le port s'il-vous-plait. Hong Kong est moderne, riche, tape-a-l'oeil, enivrante et un peu deconcertante; ici, meme la demesure est demesuree.

Mon premier contact avec la ville s'est fait dans le train qui m'amenait de Guanzhou (je ne sais toujours pas vraiment comment ca s'ecrit) jusqu'ici: je me suis fait payer des pintes par un vendeurs de pieces d'autos nigerian qui m'a raconte toute sa vie amoureuse. Ensuite, l'arrivee aux Chungking Mansions, ou sont concentres tous les hotels abordables. C'est un labyrinthe de bureaux de changes, de vendeurs de hasch, de restos indiens et d'immigrants africains. C'est louche, debauche, douteux, le plus pres dont je n'ai jamais ete d'une chanson de Tom Waits, "with all the rain dogs". Je retrouve d'ailleurs ici le sous-continent, il y a enormement d'indiens et de pakistanais dans les environs. Vous auriez du voir la face du premier vendeur de hasch (de toute evidence pakistanais) a qui j'ai dit, dans un urdu presque impeccable, "jee nae, bas bas !" (en gros: non, degage).

Hong Kong, c'est bien mais c'est cher. Je me ruine ! Il va falloir que j'explore les quartiers populaires, parce que dans le centre-ville, les pintes sont 10$. Et ici, je ne suis plus riche, je ne peux plus me permettre le meme niveau de vie qu'au Pakistan ! J'ai perdu toute mon aura de demi-dieu qui emanait l'occidentalite, la modernite, la richesse et la luxure: I'm back on the tourist track, et je ne suis plus qu'un backpacker pauvre, sale et mal habille. Les jeunes et les moins jeunes arrivent ici tous plus fashion et trendy les uns que les autres, ma garde-robe n'est pas tout a fait a la hauteur; je vais devoir aller vers le local pour du bon street food et de la biere pas chere, je dois abandonner mes reves de bons restos et de vins raffines.

Je pars demain pour Macao; je vais y passer au moins une journee, peut-etre deux si je decide d'aller a la plage. Je mets beaucoup d'espoir dans cette ville, qui selon ce qu'on en dit, me semble etre juste assez jolie, malfamee et coloniale pour me plaire. Mais le retour approche: j'ai mon billet d'avion pour Amsterdam (je vais passer quelques jours avec Gab, qui est a La Haye) pour le 15, toute bonne chose a une fin, et apparemment j'ai une these a ecrire, ou un truc dans le genre. Bon, juste d'y penser et je deprime, je vais aller manger des nouilles pour me remonter le moral.

Francois

Thursday, July 1, 2010

Le paradis

C'est dur, la vie. Le voyage aussi, ca peut etre difficile. Et puis parfois, soudain, on arrive au paradis, comme ca, sans s'y attendre. La vallee de Hunza est un de ces paradis. A Karimabad, magnifique petit village de montagne, on ne peut regarder quelque part sans voir un immense sommet enneige. La vallee est d'une beaute a couper le souffle, les gens sont tous tres sympathiques, et enfin ! je peux manger autre chose que la grasse cuisine pakistanaise, car la cuisine traditionnelle de Hunza est tout simplement delicieuse (sans parler des mures, des cerises, des peches, des abricots, des noisettes...). Et il y a mieux ! On peut trouver ici de la biere chinoise, et les habitants fabriquent un vin artisanal qui n'est peut-etre pas delicieux, mais qui rechauffe. Bon, bien sur, ce n'est pas le grand luxe, je n'ai pas d'electricite dans mon hotel depuis deux jours et il vaut mieux ne pas penser dejeuner avant 11h, mais bon, rien de tout cela ne pourrait nuire a ma serenite.

Je dois malheureusement partir demain pour la frontiere chinoise, apres une journee de marche assez epuisante aujourd'hui. On m'avait dit qu'une magnifique promenade pouvait se faire a partir d'ici, qui ne prenait que trois heure de montee et deux heures de descente. Je n'avais pas compris que quand on me disait "montee", ca voulait dire "escalade dans les rochers entre les ruisseaux et des precipices". Et trois heures de vraie montee, c'est beaucoup ! Mais bon, encore une fois, je suis en vie, j'ai a peine un coup de soleil, tout va bien.

Au lieu de rester devant un ecran d'ordinateur a vous rendre envieux, je vais profiter de mes dernieres heures au paradis pour aller voir de quoi ont l'air les pierres precieuses de la region. Qui sait ? Je pourrai peut-etre avoir une fabuleuse carriere dans le traffic de rubis ! Apres tout, Rimbaud a bien fini sa vie en vendant des armes, non ?

Francois

Thursday, June 24, 2010

Le bout du monde...

Apres de longs trajet de bus et un autre duel avec une vilaine bacterie pakistanaise (qui cette fois a bien failli avoir le dessus, je n'ai jamais ete malade comme ca de ma vie), je me reveille ce matin a Skardu, dans le Baltistan, et un peu plus en forme. Le Baltistan, c'est vraiment le pays des montagnes: on y trouve entre autres le K2, la deuxieme plus haute montagne du monde, mais aussi beaucoup d'autres sommets de plus de 7 000 ou 8 000 metres. Tout cela est magnifique, mais je manque de temps et d'argent. Les treks les plus beaux sont tres longs, environ deux semaines, et souvent assez dispendieux (d'autant plus que je suis seul); ce n'est pas grave, je reviendrai ! J'aurai a peine le temps d'explorer un peu la region, puis je dois retourner au Karakoram Highway, si je ne veux pas revenir a la maison au mois d'octobre (enfin, je voudrais bien, mais a ce qu'il parait j'ai une these a ecrire...). Alors voila, je me leve ce matin, encore un peu faible, l'esprit encore un peu embrume de sommeil, et j'entends au loin la tele de la reception de l'hotel. Je m'approche, et puis soudain, des mots que je n'avais pas entendu depuis longtemps: "Calisse, Stan, c't'un goaler de soccer, y peut pas arreter une puck !".

Les joies de TV5 monde. Ce matin, mon premier contact avec le monde exterieur, et meme si je suis au Baltistan, aura ete avec les Boys. Si c'est pas beau, la mondialisation...

Le Nord du Pakistan est vraiment sublime, mais j'ai quand meme hate d'arriver en Chine. En effet, la Chine possede tout ce qu'un garcon de mon age peut bien vouloir dans la vie: de la biere, des femmes et du porc, les trois choses qui manquent au Pakistan. Blague a part, j'ai bien hate de me regaler de cuisine chinoise et de pouvoir voyager un tantinet plus aisement (les routes de montagne du Pakistan ne sont pas les plus reposantes du monde, croyez-moi). J'ai pour objectif de me rendre a Kashgar pour le 4 juillet, non pas en l'honneur de nos voisins du Sud mais bien parce que le 4 juillet, si je ne me trompe pas, est un dimanche, et le dimanche est jour de marche a Kashgar. Ensuite, il s'agira de me rendre a Hong-Kong le plus rapidement possible via Urumqui; le train risque de prendre quelques jours, je me renseigne pour l'avion mais ca semble cher... En attendant, il me reste encore la magnifique vallee de Hunza a voir (et probablement un petit trek jusqu'au camp de base du Rakaposhi, qui fait 7 788m), et je me laisse une ou deux journees de plus pour visiter le Baltistan.

Voila, mon prochain message vous parviendra probablement de Hunza, et sinon, de Chine. Amusez-vous bien et ne pleurez pas trop, je reviens bientot.

Francois

Saturday, June 19, 2010

Bored in Islamabad

Islamabad, c'est plate. Une grande ville qui a tout juste 50 ans, toute planifiee avec des grandes arteres, des espaces verts, des quartiers bien separes les uns des autres. Bel effort, mais le resultat est desolant: un etalement urbain incroyable, qui fait que peu importe ou je veux me rendre (a la banque, au resto, a la station de bus, etc.), je dois prendre un taxi, ca me prend au minimum 30 minutes et ca me coute a chaque fois entre 3$ et 5$ (faites-ca trois fois par jour, ca monte vite). Il n'y a franchement pas grand-chose a faire ou a voir, il fait chaud, et je m'emmerde. Mais pourquoi est-ce que je suis encore ici, alors ? Vous ne devinez pas ? Mais oui, les visas !

L'ambassade chinoise etait fermee jusqu'a jeudi pour un conge quelconque. Je me suis donc dirige vers l'ambassade jeudi matin, mais pas trop tot, en me disant que j'aurais bien le temps. C'etait sans compter sur le systeme d'acces a " l'enclave diplomatique " d'Islamabad, completement debile. On ne peut pas se rendre aux ambassades en taxi, en bus ou a pied, voyons ! Trop dangereux, je pourrais faire exploser mes sous-vetements devant l'ambassade de la Croatie ! On doit alloir se rendre (en taxi, bien sur !) a un terminal de navettes, ou l'on doit laisser toutes ses affaires a la consigne pour ensuite aller acheter un billet (assez cher, quand meme). Et puis la navette nous depose uniquement a l'ambassade pour laquelle on a un billet, pas question d'aller se balader tout seul. Evidemment, les navettes partent a toutes les heures (pas question d'etre efficace, dans cette ville); ajoutez a cela le 40 minutes de taxi pour se rendre au terminal, le 20 minutes de navette pour se rendre a l'ambassade, ben oui, je suis arrive en retard.

Je suis finalement aller deposer mon application de visa vendredi, en prenant soin de choisir l'option rapide pour ne pas m'eterniser ici. Mais l'option rapide me permet d'avoir mon visa apres une journee ouvrable, et le samedi et le dimanche ne sont evidemment pas des journees ouvrables. Je suis donc encore pris ici au moins jusqu'a demain, en esperant pouvoir attraper un bus pour le Nord apres avoir recuperer mon visa.

Je n'ai pas rien fait du tout depuis que je suis ici, mais les activites sont limitees. Mercredi, je suis alle visiter les sites de Taxila, qui temoignent de la presence bouddhiste dans la region au debut de notre ere. C'est la que s'est developpe le fameux art Ganddhara, qui syncretise les influences bouddhistes, hindouistes et hellenistiques (c'est vraiment superbe). Et puis hier, je suis alle faire un peu de randonnee dans les montagnes autour, rien de bien impressionnant mais j'avais besoin de me degourdir les jambes. Sinon, je frequente la jeunesse doree d'Islamabad dans des endroits hip and trendy comme le Domino's Pizza et le buffet chinois, ou je m'installe devant le festival Jackie Chan pour regarder des vieux films de kung-fu en buvant de la biere pas tres bonne. Vraiment excitant, quoi. Mais bon, normalement, je devrais pouvoir partir demain, enfin !

La ville semble plutot securitaire, mais on entend des coups de feu et ce qui semble etre des explosions (petites, rassurez-vous) a presque tous les soirs. Quand j'interroge les gens de l'hotel a ce sujet, ils me disent toujours "It's nothing, no danger !". Ok, no danger dans le sens de "C'est la police qui s'amuse, ils tirent dans les airs" ou no danger comme dans "Inquiete-toi pas, ils sont loins, les Talibans, au moins a un kilometre" ? Pas moyen de le savoir. Disons que je ferme mes rideaux le soir, juste au cas ou.

Bon, c'est tout, je m'en vais continuer cette journee surchagee. Au programme, passer a la banque et puis aller m'acheter un livre (il ne me reste presque rien a lire, tellement je m'amuse ici !), le tout en taxi, bien sur. Je suis deja plein d'enthousiasme, et je vous quitte la-dessus.

Francois

Tuesday, June 15, 2010

Le mensonge

Mes amis, il est temps que je me confesse: je vous ai sciemment menti, ni plus ni moins. Comment ? Et bien, lorsque je vous disais que j'etais pris a Lahore, ce n'etait pas tout a fait vrai... j'en ai plutot profite pour faire une petite escale a Peshawar.

Peshawar ! Ville de tous les dangers, au pied de la Khyber Pass, la ou le traffic d'arme et de drogue est banal, et la ou les bombes explosent plus souvent qu'a leur tour... Mais quelle ville, mes amis ! Des villes frontieres comme ca, on n'en fait plus. Je vous resume rapidement mes trois jours, mais je pourrai en parler pendant des annees.

Des mon arrivee a l'hotel, je rencontre un guide, Prince (!), qui a servi de guide a l'auteur du Lonely Planet (photos a l'appui). J'avais absolument besoin d'un guide, car quelques unes des attractions de Peshawar sont, comment dire... pas tout a fait legales. N'oubliez pas que Peshawar est juste a cote de zones tribales qui ne sont pas sous l'administration du gouvernement pakistanais, mais de chefs tribaux qui prennent plaisir a s'entretuer depuis des millenaires. Prince m'a donc amener au Smuggler's Bazaar, la ou on trouve de tout, et pas cher: ecrans plasmas, micro-ondes, equipement militaire (j'ai presque achete des lunettes de vision nocturne...), bibles ayant appartenu a des soldats americains (morts ? je n'en sais rien), et surtout, de la drogue et des armes. J'ai meme pu tirer un coup de pistolet !

Ensuite, Prince me dit qu'il va m'amener voir quelqu'un, un chef tribal: je ne le crois pas trop au debut, mais finalement c'est vrai, je me ramasse a cote du chef tribal de la Khyber Agency (la region autour de la passe), qui est super content de me voir et qui me montre tout son arsenal ! (Note aux geeks du Nintendo 64: j'ai tenu dans mes mains la moitie des armes de Goldeneye, photos a l'appui). Et ensuite, ben, il me montre ses reserves de drogues, voyons ! Premieres constatations: l'opium, ca ne sent pas tres bon, et un kilo de hasch, ca sent fort ! Et ensuite, il m'explique les differents types d'heroine qu'il vend, le brown sugar, assez cheap, les cristaux, etc. Et le tout avec un ecran geant qui diffuse en direct des images de la Khyber Pass, dans une piece pleine de bibelots kitschs et de posters Harley-Davidson. Des journees comme ca, je n'en ai pas eu souvent dans ma vie.

Le lendemain, visite de la vieille ville, qui est sublime (un peu defraichie, soites, mais quand meme sublime). Et les habitants, tellement sympas ! L'hospitalite pashtoune, ce n'est pas un mythe, je ne faisais pas trois pas sans me faire inventer, avec toute la gentillesse du monde, a me reposer un peu ou a prendre un the. Peshawar ressemble vraiment a l'Afghanistan, d'ailleurs: memes visages, meme cuisine (divines grillades et mon favori, le qabli pulao), des fruits succulents a tous les coins de rues, et du the vert en quantite astronomique.

Finalement, hier, Prince m'a invite a aller visiter une ecole de refugies afghans. La encore, j'etais accueilli comme un roi, et j'ai meme donne un petit cours de philo en anglais. Je suis peut-etre un peu trop sentimental, mais ca m'a vraiment emu de les voir tous, enfants ou adultes, certains handicapes par des mines anti-personnelles, d'autre avec le regard si intense de ceux qui ont traverse trop d'epreuves en trop peu de temps... et qui viennent a l'ecole, qui veulent apprendre l'anglais, avoir un travail, faire vivre leur famille. Je ne me laisse pas emouvoir facilement, mais la, rien a faire, j'en avais presque (et je dis bien presque, quand meme !) les larmes aux yeux.

Peshawar est une ville tres agreables, certes, mais la violence et la drogue lui apportent son lot de problemes. D'abord, la drogue, une veritable epidemie: on ne cesse de croiser des gens completement detruits par l'opium ou le brown sugar, dans les rues, sous les ponts, bref partout. C'est d'une tristesse, vraiment, mais avec la proximite de l'Afghanistan qui rend les prix derisoires (5$ le gramme de brown sugar), difficile de l'empecher. Et puis la violence est omnipresente: on voit partout des traces d'explosion, des batiments abandonnes et noircis par le feu, etc. N'empeche, c'est une ville geniale, et je me suis dit que j'y retournerais bien pour interviewer mon grand ami le chef tribal.

Ce fut aussi un contact assez interessant avec la culture pashtoune, tres vivante dans la ville. Et a les entendre parler, on comprend pourquoi les choses trainent en Afghanistan. C'est un peuple si fier, si brave, mais aussi tellement ferme d'esprit ! Ils sont bien sur ouverts envers les etrangers, mais ils vivent selon un code moral stricte qui n'est jamais remis en question. Et pour eux, peu importe si les Taliban sont des barbares, les Americains ne sont pas des pashtous, les Talibans, si, et les Americains ont pris possession de leur terre. Point a la ligne. Pas moyen d'avoir de nuance, de penser a l'avenir. C'est notre terre, c'est a nous, tant pis si ce sont les Talibans qui menent. A mon avis, la guerre va etre longue...

Bon, j'ai essayer de vous resumer mes trois jours de la facon la plus concise possible, mais j'aurais encore beaucoup a dire: attendez-vous a des soirees memorables apres mon retour. Je suis maintenant a Islamabad, presque en securite, et je m'en vais deguster ma premiere biere en plus d'une semaine, alors je ne me laisse pas retenir plus longtemps !

A bientot,

Francois

P.S: Pour ceux qui auraient des doutes, et qui pensent que, si j'ai menti une fois, je pourrais bien mentir deux fois et etre en ce moment a Kaboul ou Kandahar, je vous rappelle que le Khyber Pass est bien fermee. Une chance pour vous, parce que sinon...

Sunday, June 13, 2010

Soiree soufie

Je vous ecris tres rapidement, encore de Lahore: internet peut lacher a tout moment alors je fais vite...
Malgre une horrible intoxication alimentaire au shawarma (j'ai realise que je faisais de la fievre quand je me suis couche tout habille dans mon sac de couchage alors qu'il faisait 45 degres...), je me suis bien rendu a la celebre soiree soufie de Lahore ! Il soufisait de vouloir ! (hahaha, je sais, hilarant !). Les soufis, pour ceux d'entre vous qui l'ignorent, sont des mystiques musulmans qui entre en transe par de la musique et des danses (et parfois un peu de haschish...). Bon, on va se le dire tout de suite, la soiree de Lahore n'est pas a strictement parler "soufie": la signification religieuse a ete plutot evacuee, c'est plutot devenu le must du nightlife de Lahore. Nightlife, faut s'entendre: on reste assis par terre pendant quatre heures a regarder des gens tourbillonner comme des girouettes en plein ouragan, le tout accompagne par deux virtuose du tambour. Ah, bien sur, encore une fois, pas mal de hasch (et quand je dis pas mal, ca veut dire beaucoup !), ca remplace bien nos bars.

Tout ca etait quand meme fascinant, autant au niveau culturel (la musique et les danses, vraiment epatantes) qu'au niveau social: les deux virtuoses du tambours que j'ai vus, qui sont freres, sont veritablement traites comme des dieux vivants: les jeunes garcons se precipitent pour les masser, on leur apporte tout ce qu'ils demandent, j'avais l'impression d'etre a cote de Mick Jagger. Bref, une fantastique experience, que pas meme les vilaines bacteries de poulet pas frais ne pouvaient m'empecher de manquer.

Je suis encore pris a Lahore, je devrais pouvoir partir demain pour Islamabad (tout est plein !). Donc pas de message avant mardi, a moins que ma journee a lire sur le toit de l'hotel ne soit tellement excitante qu'il me faille la partager avec vous.

Francois