Thursday, June 24, 2010

Le bout du monde...

Apres de longs trajet de bus et un autre duel avec une vilaine bacterie pakistanaise (qui cette fois a bien failli avoir le dessus, je n'ai jamais ete malade comme ca de ma vie), je me reveille ce matin a Skardu, dans le Baltistan, et un peu plus en forme. Le Baltistan, c'est vraiment le pays des montagnes: on y trouve entre autres le K2, la deuxieme plus haute montagne du monde, mais aussi beaucoup d'autres sommets de plus de 7 000 ou 8 000 metres. Tout cela est magnifique, mais je manque de temps et d'argent. Les treks les plus beaux sont tres longs, environ deux semaines, et souvent assez dispendieux (d'autant plus que je suis seul); ce n'est pas grave, je reviendrai ! J'aurai a peine le temps d'explorer un peu la region, puis je dois retourner au Karakoram Highway, si je ne veux pas revenir a la maison au mois d'octobre (enfin, je voudrais bien, mais a ce qu'il parait j'ai une these a ecrire...). Alors voila, je me leve ce matin, encore un peu faible, l'esprit encore un peu embrume de sommeil, et j'entends au loin la tele de la reception de l'hotel. Je m'approche, et puis soudain, des mots que je n'avais pas entendu depuis longtemps: "Calisse, Stan, c't'un goaler de soccer, y peut pas arreter une puck !".

Les joies de TV5 monde. Ce matin, mon premier contact avec le monde exterieur, et meme si je suis au Baltistan, aura ete avec les Boys. Si c'est pas beau, la mondialisation...

Le Nord du Pakistan est vraiment sublime, mais j'ai quand meme hate d'arriver en Chine. En effet, la Chine possede tout ce qu'un garcon de mon age peut bien vouloir dans la vie: de la biere, des femmes et du porc, les trois choses qui manquent au Pakistan. Blague a part, j'ai bien hate de me regaler de cuisine chinoise et de pouvoir voyager un tantinet plus aisement (les routes de montagne du Pakistan ne sont pas les plus reposantes du monde, croyez-moi). J'ai pour objectif de me rendre a Kashgar pour le 4 juillet, non pas en l'honneur de nos voisins du Sud mais bien parce que le 4 juillet, si je ne me trompe pas, est un dimanche, et le dimanche est jour de marche a Kashgar. Ensuite, il s'agira de me rendre a Hong-Kong le plus rapidement possible via Urumqui; le train risque de prendre quelques jours, je me renseigne pour l'avion mais ca semble cher... En attendant, il me reste encore la magnifique vallee de Hunza a voir (et probablement un petit trek jusqu'au camp de base du Rakaposhi, qui fait 7 788m), et je me laisse une ou deux journees de plus pour visiter le Baltistan.

Voila, mon prochain message vous parviendra probablement de Hunza, et sinon, de Chine. Amusez-vous bien et ne pleurez pas trop, je reviens bientot.

Francois

Saturday, June 19, 2010

Bored in Islamabad

Islamabad, c'est plate. Une grande ville qui a tout juste 50 ans, toute planifiee avec des grandes arteres, des espaces verts, des quartiers bien separes les uns des autres. Bel effort, mais le resultat est desolant: un etalement urbain incroyable, qui fait que peu importe ou je veux me rendre (a la banque, au resto, a la station de bus, etc.), je dois prendre un taxi, ca me prend au minimum 30 minutes et ca me coute a chaque fois entre 3$ et 5$ (faites-ca trois fois par jour, ca monte vite). Il n'y a franchement pas grand-chose a faire ou a voir, il fait chaud, et je m'emmerde. Mais pourquoi est-ce que je suis encore ici, alors ? Vous ne devinez pas ? Mais oui, les visas !

L'ambassade chinoise etait fermee jusqu'a jeudi pour un conge quelconque. Je me suis donc dirige vers l'ambassade jeudi matin, mais pas trop tot, en me disant que j'aurais bien le temps. C'etait sans compter sur le systeme d'acces a " l'enclave diplomatique " d'Islamabad, completement debile. On ne peut pas se rendre aux ambassades en taxi, en bus ou a pied, voyons ! Trop dangereux, je pourrais faire exploser mes sous-vetements devant l'ambassade de la Croatie ! On doit alloir se rendre (en taxi, bien sur !) a un terminal de navettes, ou l'on doit laisser toutes ses affaires a la consigne pour ensuite aller acheter un billet (assez cher, quand meme). Et puis la navette nous depose uniquement a l'ambassade pour laquelle on a un billet, pas question d'aller se balader tout seul. Evidemment, les navettes partent a toutes les heures (pas question d'etre efficace, dans cette ville); ajoutez a cela le 40 minutes de taxi pour se rendre au terminal, le 20 minutes de navette pour se rendre a l'ambassade, ben oui, je suis arrive en retard.

Je suis finalement aller deposer mon application de visa vendredi, en prenant soin de choisir l'option rapide pour ne pas m'eterniser ici. Mais l'option rapide me permet d'avoir mon visa apres une journee ouvrable, et le samedi et le dimanche ne sont evidemment pas des journees ouvrables. Je suis donc encore pris ici au moins jusqu'a demain, en esperant pouvoir attraper un bus pour le Nord apres avoir recuperer mon visa.

Je n'ai pas rien fait du tout depuis que je suis ici, mais les activites sont limitees. Mercredi, je suis alle visiter les sites de Taxila, qui temoignent de la presence bouddhiste dans la region au debut de notre ere. C'est la que s'est developpe le fameux art Ganddhara, qui syncretise les influences bouddhistes, hindouistes et hellenistiques (c'est vraiment superbe). Et puis hier, je suis alle faire un peu de randonnee dans les montagnes autour, rien de bien impressionnant mais j'avais besoin de me degourdir les jambes. Sinon, je frequente la jeunesse doree d'Islamabad dans des endroits hip and trendy comme le Domino's Pizza et le buffet chinois, ou je m'installe devant le festival Jackie Chan pour regarder des vieux films de kung-fu en buvant de la biere pas tres bonne. Vraiment excitant, quoi. Mais bon, normalement, je devrais pouvoir partir demain, enfin !

La ville semble plutot securitaire, mais on entend des coups de feu et ce qui semble etre des explosions (petites, rassurez-vous) a presque tous les soirs. Quand j'interroge les gens de l'hotel a ce sujet, ils me disent toujours "It's nothing, no danger !". Ok, no danger dans le sens de "C'est la police qui s'amuse, ils tirent dans les airs" ou no danger comme dans "Inquiete-toi pas, ils sont loins, les Talibans, au moins a un kilometre" ? Pas moyen de le savoir. Disons que je ferme mes rideaux le soir, juste au cas ou.

Bon, c'est tout, je m'en vais continuer cette journee surchagee. Au programme, passer a la banque et puis aller m'acheter un livre (il ne me reste presque rien a lire, tellement je m'amuse ici !), le tout en taxi, bien sur. Je suis deja plein d'enthousiasme, et je vous quitte la-dessus.

Francois

Tuesday, June 15, 2010

Le mensonge

Mes amis, il est temps que je me confesse: je vous ai sciemment menti, ni plus ni moins. Comment ? Et bien, lorsque je vous disais que j'etais pris a Lahore, ce n'etait pas tout a fait vrai... j'en ai plutot profite pour faire une petite escale a Peshawar.

Peshawar ! Ville de tous les dangers, au pied de la Khyber Pass, la ou le traffic d'arme et de drogue est banal, et la ou les bombes explosent plus souvent qu'a leur tour... Mais quelle ville, mes amis ! Des villes frontieres comme ca, on n'en fait plus. Je vous resume rapidement mes trois jours, mais je pourrai en parler pendant des annees.

Des mon arrivee a l'hotel, je rencontre un guide, Prince (!), qui a servi de guide a l'auteur du Lonely Planet (photos a l'appui). J'avais absolument besoin d'un guide, car quelques unes des attractions de Peshawar sont, comment dire... pas tout a fait legales. N'oubliez pas que Peshawar est juste a cote de zones tribales qui ne sont pas sous l'administration du gouvernement pakistanais, mais de chefs tribaux qui prennent plaisir a s'entretuer depuis des millenaires. Prince m'a donc amener au Smuggler's Bazaar, la ou on trouve de tout, et pas cher: ecrans plasmas, micro-ondes, equipement militaire (j'ai presque achete des lunettes de vision nocturne...), bibles ayant appartenu a des soldats americains (morts ? je n'en sais rien), et surtout, de la drogue et des armes. J'ai meme pu tirer un coup de pistolet !

Ensuite, Prince me dit qu'il va m'amener voir quelqu'un, un chef tribal: je ne le crois pas trop au debut, mais finalement c'est vrai, je me ramasse a cote du chef tribal de la Khyber Agency (la region autour de la passe), qui est super content de me voir et qui me montre tout son arsenal ! (Note aux geeks du Nintendo 64: j'ai tenu dans mes mains la moitie des armes de Goldeneye, photos a l'appui). Et ensuite, ben, il me montre ses reserves de drogues, voyons ! Premieres constatations: l'opium, ca ne sent pas tres bon, et un kilo de hasch, ca sent fort ! Et ensuite, il m'explique les differents types d'heroine qu'il vend, le brown sugar, assez cheap, les cristaux, etc. Et le tout avec un ecran geant qui diffuse en direct des images de la Khyber Pass, dans une piece pleine de bibelots kitschs et de posters Harley-Davidson. Des journees comme ca, je n'en ai pas eu souvent dans ma vie.

Le lendemain, visite de la vieille ville, qui est sublime (un peu defraichie, soites, mais quand meme sublime). Et les habitants, tellement sympas ! L'hospitalite pashtoune, ce n'est pas un mythe, je ne faisais pas trois pas sans me faire inventer, avec toute la gentillesse du monde, a me reposer un peu ou a prendre un the. Peshawar ressemble vraiment a l'Afghanistan, d'ailleurs: memes visages, meme cuisine (divines grillades et mon favori, le qabli pulao), des fruits succulents a tous les coins de rues, et du the vert en quantite astronomique.

Finalement, hier, Prince m'a invite a aller visiter une ecole de refugies afghans. La encore, j'etais accueilli comme un roi, et j'ai meme donne un petit cours de philo en anglais. Je suis peut-etre un peu trop sentimental, mais ca m'a vraiment emu de les voir tous, enfants ou adultes, certains handicapes par des mines anti-personnelles, d'autre avec le regard si intense de ceux qui ont traverse trop d'epreuves en trop peu de temps... et qui viennent a l'ecole, qui veulent apprendre l'anglais, avoir un travail, faire vivre leur famille. Je ne me laisse pas emouvoir facilement, mais la, rien a faire, j'en avais presque (et je dis bien presque, quand meme !) les larmes aux yeux.

Peshawar est une ville tres agreables, certes, mais la violence et la drogue lui apportent son lot de problemes. D'abord, la drogue, une veritable epidemie: on ne cesse de croiser des gens completement detruits par l'opium ou le brown sugar, dans les rues, sous les ponts, bref partout. C'est d'une tristesse, vraiment, mais avec la proximite de l'Afghanistan qui rend les prix derisoires (5$ le gramme de brown sugar), difficile de l'empecher. Et puis la violence est omnipresente: on voit partout des traces d'explosion, des batiments abandonnes et noircis par le feu, etc. N'empeche, c'est une ville geniale, et je me suis dit que j'y retournerais bien pour interviewer mon grand ami le chef tribal.

Ce fut aussi un contact assez interessant avec la culture pashtoune, tres vivante dans la ville. Et a les entendre parler, on comprend pourquoi les choses trainent en Afghanistan. C'est un peuple si fier, si brave, mais aussi tellement ferme d'esprit ! Ils sont bien sur ouverts envers les etrangers, mais ils vivent selon un code moral stricte qui n'est jamais remis en question. Et pour eux, peu importe si les Taliban sont des barbares, les Americains ne sont pas des pashtous, les Talibans, si, et les Americains ont pris possession de leur terre. Point a la ligne. Pas moyen d'avoir de nuance, de penser a l'avenir. C'est notre terre, c'est a nous, tant pis si ce sont les Talibans qui menent. A mon avis, la guerre va etre longue...

Bon, j'ai essayer de vous resumer mes trois jours de la facon la plus concise possible, mais j'aurais encore beaucoup a dire: attendez-vous a des soirees memorables apres mon retour. Je suis maintenant a Islamabad, presque en securite, et je m'en vais deguster ma premiere biere en plus d'une semaine, alors je ne me laisse pas retenir plus longtemps !

A bientot,

Francois

P.S: Pour ceux qui auraient des doutes, et qui pensent que, si j'ai menti une fois, je pourrais bien mentir deux fois et etre en ce moment a Kaboul ou Kandahar, je vous rappelle que le Khyber Pass est bien fermee. Une chance pour vous, parce que sinon...

Sunday, June 13, 2010

Soiree soufie

Je vous ecris tres rapidement, encore de Lahore: internet peut lacher a tout moment alors je fais vite...
Malgre une horrible intoxication alimentaire au shawarma (j'ai realise que je faisais de la fievre quand je me suis couche tout habille dans mon sac de couchage alors qu'il faisait 45 degres...), je me suis bien rendu a la celebre soiree soufie de Lahore ! Il soufisait de vouloir ! (hahaha, je sais, hilarant !). Les soufis, pour ceux d'entre vous qui l'ignorent, sont des mystiques musulmans qui entre en transe par de la musique et des danses (et parfois un peu de haschish...). Bon, on va se le dire tout de suite, la soiree de Lahore n'est pas a strictement parler "soufie": la signification religieuse a ete plutot evacuee, c'est plutot devenu le must du nightlife de Lahore. Nightlife, faut s'entendre: on reste assis par terre pendant quatre heures a regarder des gens tourbillonner comme des girouettes en plein ouragan, le tout accompagne par deux virtuose du tambour. Ah, bien sur, encore une fois, pas mal de hasch (et quand je dis pas mal, ca veut dire beaucoup !), ca remplace bien nos bars.

Tout ca etait quand meme fascinant, autant au niveau culturel (la musique et les danses, vraiment epatantes) qu'au niveau social: les deux virtuoses du tambours que j'ai vus, qui sont freres, sont veritablement traites comme des dieux vivants: les jeunes garcons se precipitent pour les masser, on leur apporte tout ce qu'ils demandent, j'avais l'impression d'etre a cote de Mick Jagger. Bref, une fantastique experience, que pas meme les vilaines bacteries de poulet pas frais ne pouvaient m'empecher de manquer.

Je suis encore pris a Lahore, je devrais pouvoir partir demain pour Islamabad (tout est plein !). Donc pas de message avant mardi, a moins que ma journee a lire sur le toit de l'hotel ne soit tellement excitante qu'il me faille la partager avec vous.

Francois

Wednesday, June 9, 2010

Le grand retour

Enfin !

Apres quelques jours de connection internet difficile, me voici, toujours pret a divertir les masses et faire dresser les cheveux sur la tete des plus peureux... Je suis maintenant a Lahore, apres un looooooooooooong trajet de jeep (30 heures !), un arret rapide a Jammu et deux jours a Amritsar. Amritsar, je vous resume ca bien vite: le Temple d'or est magnifique, les sikhs sont parfois fatiguants, et la ceremonie de fermeture de la frontiere a ete interrompue par une tempete de sable (j'ai en fait failli mourir, un arbre est tombe a 2 metres devant moi).

Bon, maintenant, le Pakistan ! C'est vraiment un changement d'univers, et je commence a avoir pas mal de reperes dans le monde musulman, alors tout va bien. Qu'on se rassure, Lahore n'est pas du tout une ville dangereuse, et les gens sont d'une gentillesse telle que tout va pour le mieux. Et puis la ville est sublime: on y retrouve a la fois la splendeur decatie du Raj, avec ses magnifiques batiments (le musee est particulierement joli), mais aussi une vieille ville a faire rever, tres vivante, ou l'on s'enfonce dans les ruelles sans savoir si on sortira face a une mosquee du 16e siecle ou au Red Light... Il y a beaucoup de choses a voir, et des pas mal du tout, mais c'est d'abord et avant tout cette atmosphere particulierement vivante qui confere son charme a la ville. Les mosquees les plus belles ne sont pas vides et froides comme un musee, elles sont plutot perdues dans la vieille ville, entre les gargotes et les marchands d'epices. Et puis il y a la culture soufi, particulierement presente dans la ville, et dont j'aurai un bon exemple demain.

La ville a connu de bons jours niveau tourisme, mais la, c'est plus que mort. Il y a bien quelques personnes dans la guesthouse ou je reside (dont un vieux hippie suedois qui vit dans les montagnes indiennes, fume 5 grammes de hasch par jour, voyage avec son chien et n'arrete pas de parler du sens de la vie... franchement, il me fait un peu peur !), mais c'est tout. Et les gens sont si contents de me voir ! Note a moi-meme: si je veux me partir une secte, le faire au Pakistan, les gens me suivraient sans dire un mot. Alors voila, je m'amuse bien malgre la chaleur. Et qu'on se le dise: visiter Lahore vaut grandement la peine, arretez de faire vos moumounes, les bombes sont rares !

Je dois rester ici encore quelques jours puisque le train pour Islamabad etait plein jusqu'a samedi soir. Demain, soiree soufi, avec musique traditionnelle (le quawwali), transe et haschich en perspective (pas pour moi, mais non ! quoique je pourrais me laisser tenter...). Je vais tenter de reecrire demain si la connection internet me le permet toujours, inch'allah !

Francois