Wednesday, July 14, 2010

Back from Macao

Ils ont tue Macao. C'est la premiere chose que je me suis dite en arrivant la-bas. Maudits chinois, ils auraient pas pu laisser ca aux Portugais, qui excellaient dans l'art de laisser les choses comme elles sont ? Macao est maintenant presque uniquement casinos et boutiques de luxe, tout le monde est riche, et, pire que tout, il faisait encore plus chaud qu'a Hong Kong.

Mais bon, finalement, ce n'etait pas si mal. Il faut simplement creuser un peu, et on peut retrouver un peu du "vrai" Macao: encore une fois, il suffit souvent d'aller dans les zones un peu moins touristiques de la peninsule, d'aller voir les locaux, et on peut manger de la bouffe portugaise pas chere avec des pecheurs chinois.

Il faisait chaud a Macao, inimaginable. Et moi, comme un con, j'ai decide de faire un "walking tour": je peux maintenant vous affirmer qu'il est presque impossible que je meurs d'un coup de chaleur, sinon ca serait deja fait. La ville est bien jolie, il y a de belles ruines, de belles ruelles, et la mer partout; mais c'etait vraiment trop chaud, j'ai du battre en retraite vers ma chambre d'hotel apres quelques heures de marche.

Le lendemain, je me suis vraiment payer une journee de pacha. Je me suis leve avec une seule chose en tete: la plage. Un seul petit probleme toutefois, je n'avais pas de maillot de bain. Alors j'ai fait comme tout le monde a Macao: shopping, baby, shopping. J'ai resiste a la tentation de m'acheter un maillot Dior, j'ai plutot opte pour le marche local et la contrefacon chinoise. Resultat: un maillot et un polo pour 8$. Et avec mon nouveau polo, j'avais presque l'air riche, c'est-a-dire, pour Macao, normal.

Apres une journee de farniente totale sur une petite plage presque deserte, retour en ville. Et bon, j'etais a Macao, il fallait bien que je profite un peu du nightlife. J'ai mis mon polo neuf et mes pantalons les moins sales, je suis alle manger de la pieuvre dans un resto chinois, et je me suis dirige d'un pas assure vers le plus grand casino de Macao: le Grand Lisboa.

Oh, toute une soiree, mes amis. C'etait pratiquement la derniere soiree de mon voyage (je prends l'avion demain matin, donc pas de fiesta ce soir), alors je me suis paye la totale. J'avais deja deux ou trois bieres dans le corps quand je suis arrive au casino, mais quand j'ai vu le bar, je n'ai pas pu resister: un manhattan, et avec du bourbon, pas avec du rye, quand meme. Comme je suis beaucoup trop pauvre pour le blackjack et la roulette (et un peu intimide, c'est vrai), j'ai opte pour les fameuses machines a poker, et ma celebre technique de "si tu gagnes un peu, prends l'argent et va ailleurs" fut encore une fois fructueuse: j'ai fini ma soiree avec 70$ de profit, pas mal non? Enfin, ce n'est pas tout a fait vrai, car quoi de mieux pour feter ca qu'un autre manhattan ? Et puis un deuxieme ?

J'etais donc en train de flamber tous mes gains, confortablement installe au bar avec des danseuses exotiques qui se tremoussaient sous mes yeux, quand une blonde sculpturale s'assied a cote de moi et me sourit. Ca, c'est le nouveau polo qui fait son effet: je devais avoir l'air d'un riche playboy americain, et la jolie demoiselle (russe, de toute evidence) s'est dit que je pourrais bien partager un peu de ma fortune. Et moi, je me suis dit que je pourrais bien jouer la comedie un peu, ca ne fait de mal a personne, non ? Je suis donc rapidement devenu un riche heritier qui etudie a Yale, et passe son temps dans les destinations les plus convoitees de ce monde. Oh, la jolie blonde me trouvait encore plus interessant maintenant. Apres quelques insinuations et regards insistants, je me suis finalement desiste, me rappelant les miettes de morale qui persistent dans mon esprit, et, plus prosaiquement, le grand vide dans mon portefeuille.

Puis, au quatrieme manhattan, un jeune indien vient s'asseoir a cote de moi. Nettement moins interessant que la deesse siberienne, pensais-je. Mais il engage la conversation, et finit par me dire qu'il a flambe 10 000$, que c'etait l'argent de son patron (quel patron imbecile prete 10 000$ a un employe qui s'en va a Macao ?), qu'il est vraiment dans la merde, et patati et patata... mais la encore, je n'ai pas pu resister: pourquoi ne pas jouer un peu ? Apres avoir ete evasif sur mes gains de la soiree, puis lui avoir poser quelques questions, je demande au jeune truand de deviner mon metier. Il me les sort tous: avocat ? haute finance ? import-export ? Et c'est la que j'assene le coup final de ma comedie: je suis policier, que je lui reponds. Tout a coup, il est devenu bleme.

Je crois qu'il a vraiment pense etre dans la merde, car apres avoir discretement insiste sur le fait qu'il ne me mentait pas, il a disparu. Le connard, il m'attendait aux toilettes ! Je ne pense pas qu'il voulait me tuer, mais il me regarde, et me dit "you don't say a word to the police, I have many friends, you would be in trouble !". Rien de trop epeurant, il tremblait pas mal plus que moi, et apres tout on est dans un casino bonde, un seul cri et la securite arrive en courant. Mais bon, on ne prendra pas trop de chance, je le rassure le sourire aux levres en lui disant que je n'ai absolument rien a foutre de lui, et je prends un taxi pour retourner a l'hotel, juste au cas ou.

Finalement, Macao n'est peut-etre pas tout a fait mort. Il faut simplement le laisser venir a soi, et soudain on retrouve les histoires louches, les arnaques, la decadence et le vice. Et c'est precisement ce que j'etais venu chercher.

Francois

Sunday, July 11, 2010

Hong Kong

Apres la Chine, qui n'aime pas trop les blogues, Hong Kong. Incroyable. Des grattes-ciels, du luxe, des ruelles sombres, des neons, Hong Kong est telle que je me l'imaginais, mais c'est quand meme un choc. Il faut dire qu'il y a quelques jours a peine, j'etais dans les montagnes du Nord du Pakistan, la ou l'electricite et l'eau courante sont plus rares que ne le sont les Rolls Royce ici. Je dormais tout habille dans mon sac de couchage pour eviter l'hypothermie, ici il fait si chaud que j'ai l'impression d'etre un robinet qui fuit. Exit le curry de chevre a 75 cents, je fais chauffer ma Visa avec des dim suns a 25$, avec vue sur le port s'il-vous-plait. Hong Kong est moderne, riche, tape-a-l'oeil, enivrante et un peu deconcertante; ici, meme la demesure est demesuree.

Mon premier contact avec la ville s'est fait dans le train qui m'amenait de Guanzhou (je ne sais toujours pas vraiment comment ca s'ecrit) jusqu'ici: je me suis fait payer des pintes par un vendeurs de pieces d'autos nigerian qui m'a raconte toute sa vie amoureuse. Ensuite, l'arrivee aux Chungking Mansions, ou sont concentres tous les hotels abordables. C'est un labyrinthe de bureaux de changes, de vendeurs de hasch, de restos indiens et d'immigrants africains. C'est louche, debauche, douteux, le plus pres dont je n'ai jamais ete d'une chanson de Tom Waits, "with all the rain dogs". Je retrouve d'ailleurs ici le sous-continent, il y a enormement d'indiens et de pakistanais dans les environs. Vous auriez du voir la face du premier vendeur de hasch (de toute evidence pakistanais) a qui j'ai dit, dans un urdu presque impeccable, "jee nae, bas bas !" (en gros: non, degage).

Hong Kong, c'est bien mais c'est cher. Je me ruine ! Il va falloir que j'explore les quartiers populaires, parce que dans le centre-ville, les pintes sont 10$. Et ici, je ne suis plus riche, je ne peux plus me permettre le meme niveau de vie qu'au Pakistan ! J'ai perdu toute mon aura de demi-dieu qui emanait l'occidentalite, la modernite, la richesse et la luxure: I'm back on the tourist track, et je ne suis plus qu'un backpacker pauvre, sale et mal habille. Les jeunes et les moins jeunes arrivent ici tous plus fashion et trendy les uns que les autres, ma garde-robe n'est pas tout a fait a la hauteur; je vais devoir aller vers le local pour du bon street food et de la biere pas chere, je dois abandonner mes reves de bons restos et de vins raffines.

Je pars demain pour Macao; je vais y passer au moins une journee, peut-etre deux si je decide d'aller a la plage. Je mets beaucoup d'espoir dans cette ville, qui selon ce qu'on en dit, me semble etre juste assez jolie, malfamee et coloniale pour me plaire. Mais le retour approche: j'ai mon billet d'avion pour Amsterdam (je vais passer quelques jours avec Gab, qui est a La Haye) pour le 15, toute bonne chose a une fin, et apparemment j'ai une these a ecrire, ou un truc dans le genre. Bon, juste d'y penser et je deprime, je vais aller manger des nouilles pour me remonter le moral.

Francois

Thursday, July 1, 2010

Le paradis

C'est dur, la vie. Le voyage aussi, ca peut etre difficile. Et puis parfois, soudain, on arrive au paradis, comme ca, sans s'y attendre. La vallee de Hunza est un de ces paradis. A Karimabad, magnifique petit village de montagne, on ne peut regarder quelque part sans voir un immense sommet enneige. La vallee est d'une beaute a couper le souffle, les gens sont tous tres sympathiques, et enfin ! je peux manger autre chose que la grasse cuisine pakistanaise, car la cuisine traditionnelle de Hunza est tout simplement delicieuse (sans parler des mures, des cerises, des peches, des abricots, des noisettes...). Et il y a mieux ! On peut trouver ici de la biere chinoise, et les habitants fabriquent un vin artisanal qui n'est peut-etre pas delicieux, mais qui rechauffe. Bon, bien sur, ce n'est pas le grand luxe, je n'ai pas d'electricite dans mon hotel depuis deux jours et il vaut mieux ne pas penser dejeuner avant 11h, mais bon, rien de tout cela ne pourrait nuire a ma serenite.

Je dois malheureusement partir demain pour la frontiere chinoise, apres une journee de marche assez epuisante aujourd'hui. On m'avait dit qu'une magnifique promenade pouvait se faire a partir d'ici, qui ne prenait que trois heure de montee et deux heures de descente. Je n'avais pas compris que quand on me disait "montee", ca voulait dire "escalade dans les rochers entre les ruisseaux et des precipices". Et trois heures de vraie montee, c'est beaucoup ! Mais bon, encore une fois, je suis en vie, j'ai a peine un coup de soleil, tout va bien.

Au lieu de rester devant un ecran d'ordinateur a vous rendre envieux, je vais profiter de mes dernieres heures au paradis pour aller voir de quoi ont l'air les pierres precieuses de la region. Qui sait ? Je pourrai peut-etre avoir une fabuleuse carriere dans le traffic de rubis ! Apres tout, Rimbaud a bien fini sa vie en vendant des armes, non ?

Francois